Dossier Console · 2026-07-26
Comment une rupture avec Nintendo a donné naissance à la marque la plus vendue de l'histoire du jeu vidéo.
Écrit par Cédric
La PlayStation n'aurait jamais dû exister en tant que marque Sony : elle devait être un accessoire CD pour la Super Nintendo.
C'est une rupture publique et humiliante avec Nintendo qui a poussé Sony à transformer ce projet avorté en sa propre console — devenue depuis la franchise la plus vendue de l'histoire du jeu vidéo.
Voici l'histoire complète de Sony dans le jeu vidéo.
Fondée en 1946, Sony s'est construite sur l'électronique grand public : le magnétophone, le téléviseur Trinitron, et surtout le Walkman en 1979, qui invente l'écoute de musique nomade et fait de Sony l'un des noms les plus respectés de l'industrie.
L'entreprise ne possède au départ aucune activité de jeu vidéo, mais fournit dès la fin des années 1980 des composants électroniques, notamment sonores, à d'autres constructeurs — dont Nintendo.
Ken Kutaragi, jeune ingénieur Sony, convainc sa hiérarchie de développer la puce sonore de la Super Nintendo malgré le scepticisme de sa direction, qui juge le jeu vidéo indigne d'une entreprise de son rang.
Fort de cette collaboration réussie, Kutaragi pousse un projet plus ambitieux : un lecteur CD-ROM additionnel pour la Super Nintendo, capable de lire à la fois les cartouches Nintendo et un nouveau format de jeux sur CD développé par Sony.
Le projet, prévu pour être annoncé conjointement par les deux entreprises au CES de Chicago en juin 1991, tourne au fiasco : Nintendo annonce sur scène, sans prévenir Sony, qu'il travaillera finalement avec le néerlandais Philips sur un format concurrent.
L'humiliation publique pousse Sony à ne pas abandonner le projet, mais à le transformer en une console entièrement autonome, indépendante de Nintendo — la PlayStation.
Lancée au Japon fin 1994, la PlayStation impose le CD-ROM et la 3D texturée comme nouveaux standards de l'industrie, face à la Saturn de Sega et à la Nintendo 64, restée sur cartouche.
Sony cible délibérément un public plus âgé que celui de Nintendo, avec une communication publicitaire proche de celle de l'industrie musicale plutôt que du jouet.
Des titres comme Metal Gear Solid, Gran Turismo ou surtout Final Fantasy VII (1997) — dont le transfert depuis Nintendo est un symbole fort de ce basculement — installent la PlayStation comme la console des joueurs adultes et des amateurs de récits matures.
Cette stratégie fonctionne au-delà des espérances : la PlayStation devient la première console de l'histoire à dépasser les 100 millions d'unités vendues.
Sortie en 2000, la PlayStation 2 renouvelle le pari en intégrant un lecteur DVD, ce qui en fait un appareil polyvalent adopté aussi par des foyers non-joueurs. Sa rétrocompatibilité avec la PS1 fidélise une base de joueurs déjà considérable.
Avec plus de 155 millions d'unités vendues, elle demeure à ce jour la console la plus vendue de tous les temps, tous constructeurs confondus.
La PlayStation 3 (2006) mise sur le très complexe processeur Cell, coûteux à produire et difficile à exploiter pour les développeurs, ce qui se traduit par un prix de lancement élevé (599 $) et un démarrage commercial poussif face à la Xbox 360 de Microsoft et au succès surprise de la Wii de Nintendo.
Sony redresse progressivement la barre grâce à des baisses de prix, au lancement du PlayStation Network et à des exclusivités tardives mais marquantes : Uncharted, The Last of Us, God of War III.
En 2013, Sony change de philosophie avec la PlayStation 4, bâtie sur une architecture x86 proche de celle d'un PC, beaucoup plus simple à développer. Combinée à un prix plus agressif que la Xbox One, elle permet à Sony de reprendre une avance considérable sur Microsoft, portée par des exclusivités comme Horizon Zero Dawn, Bloodborne ou God of War (2018).
Sortie en 2020, en pleine pénurie mondiale de composants, la PlayStation 5 met en avant un SSD ultra-rapide qui réduit drastiquement les temps de chargement, ainsi que la manette DualSense et ses retours haptiques précis, saluée comme une avancée notable dans l'immersion sensorielle du jeu vidéo.
Le succès de PlayStation tient aussi à un réseau de studios internes constitué au fil des rachats et des décennies : Naughty Dog, Santa Monica Studio, Guerrilla Games, Sucker Punch, ou encore Insomniac Games, racheté en 2019.
Ce studio interne ("Worldwide Studios") permet à Sony de proposer des exclusivités narratives à très gros budget, devenues la signature de la marque sur consoles de salon.
En un peu plus de trente ans, la marque née d'une rupture avec Nintendo est devenue le premier fabricant de consoles de salon au monde en volumes cumulés.
Son influence dépasse la console elle-même : la manette DualShock, le concept de disque unique multi-plateformes, ou l'idée d'un jeu vidéo comme œuvre narrative adulte doivent tous beaucoup à l'histoire de PlayStation.
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Écrit par Cédric
Publié le 2026-07-26